07 novembre 2009
Un don
Présentation de l'éditeur : « Situé deux cents ans avant « Beloved », Un don évoque, dans la même prose lyrique et verdoyante qui caractérisait son précédent roman, le monde beau, sauvage et encore anarchique qu'était l'Amérique du XVIIe siècle. Toni Morrison a redécouvert une voix pressante et poétique qui lui permet d'aller et venir avec autant de rapidité que d'aise entre les mondes de l'histoire et du mythe, entre l'ordinaire de la vie quotidienne et le royaume de la fable... Un don, le récit déchirant de la perte d'une innocence et de rêves brisés, est, dès à présent, à ranger aux côtés de Beloved, parmi les écrits les plus obsédants de Toni Morrison à ce jour. » (Michiko Kakutani, The New York Times)
Avis personnel : Un don est en autre l'histoire de l'esclave Florens, séparée de sa mère à l'âge de huit ans, à la fin du XVIIème siècle, pour être donnée à un fermier en paiement d'une dette.
Le roman alterne des passages qui sont des épisodes de la vie de Florens, racontés par elle-même, et l'histoire d'un certain nombre de personnages qui interviennent dans la vie de Florens, par un narrateur extérieur. Cette polyphonie est troublante car elle déroute constamment le lecteur, l’obligeant à une vigilance de chaque instant : ce roman n’est pas de tout repos, on sort fatigué de sa lecture.
Nous sommes donc assez rapidement avec Jacob Vaark et son épouse Rebekka, émigrants européens épris de liberté et libres penseurs, de Lina, l’intendante d’origine amérindienne, de Sorrow, la rêveuse décrite au début comme une simple d’esprit. Puis enfin viennent Willard et Scully, deux travailleurs loués. Les travailleurs loués sont des esclaves blancs. Ils sont engagés, parfois tout jeunes, pour payer une dette -ou celle de leurs parents- ou en punition d'un délit quelconque. Leur peine a en théorie une durée déterminée mais est généralement prolongée pour une raison ou une autre, à la libre appréciation de leur maître . . . les rebuts de la société européenne ont en effet le choix entre l’incarcération sur le vieux continent et vivre une forme de servitude en Amérique du nord.
Tout ce petit monde vit dans une parfaite autarcie, sans trop de relations avec la communauté anabaptiste voisine. Les colonies anglaises d’Amérique sont encore un territoire sauvage où la variole décime les populations, où des vagues d’immigrants débarquent, fuyant l’intolérance qu’ils subissaient en Europe pour mieux la reproduire en Amérique. Une terre sauvage, à dompter où tout est possible. Notre fameux « rêve américain ».
Ce fond historique est distillé petit à petit, au détour de l’écriture complexe de l’auteur qui use constamment de retours en arrière pour expliquer la psychologie de ses personnages. Introspection, décryptage des conduites des différents protagonistes et mécanismes de servitudes sont décortiquées. Complexité du cœur et de la mémoire . . . Pour finir, reste la langue employée par Toni Morrison : sauvage, en pleine construction à l’image de ce continent.
Toni Morrison est née en 1931 à Lorain, dans l'Ohio industriel. Après des études à l'Université de Howard (thèses sur le suicide chez William Faulkner et Virginia Woolf), elle a longtemps travaillé dans l'édition chez Random House. Mariée en 1958, mère de deux enfants, elle a divorcé et s'est installée à New York en 1967. Son premier livre, L'oeil le plus bleu parut en 1970. Entre autres distinctions, Sula, paru en 1975, obtint le National Book Award, et Beloved le Prix Pulitzer en 1988, salué en outre par un immense succès. Toni Morrison fut la première lauréate noire du Prix Nobel de littérature, en 1993.
04 novembre 2009
La colline aux chagrins

Par Ian Rankin.
Présentation officielle :
Alors que Flip Balfour, la fille d’un banquier d’Édimbourg, vient de disparaître, un minuscule cercueil en bois est retrouvé sur la propriété familiale. Pendant que Rebus s’intéresse à des cercueils identiques exposés au Muséum of Scotland, la constable Siobhan Clarke planche sur les énigmes proposées par un mystérieux Quizmaster, contact de Flip sur Internet. La police s’interroge : quel est le lien entre Quizmaster et d’autres meurtres commis dans la région entre 1972 et 1995 ?
Aux prises avec ses démons personnels, Rebus joue contre sa hiérarchie avec une obstination quasi suicidaire. La ville d’Édimbourg, sa beauté ténébreuse, son histoire –en particulier celle de la chirurgie– et son passé sanglant lui disputent le premier rôle.
Moins officiel :
Ian Rankin est Ecossais, vit à Edimbourg. Quoi de plus naturel que son héros récurrent opère à Edimbourg ? Cela nous change des classiques et rebattus côte Ouest (Los Angeles généralement) ou Est (New York –Boston) des USA.
Et puis l’Ecosse … qui parle, qui écrit sur l’Ecosse ? Qui connaît Edimbourg? d'autres villes?
L'intérêt de ce polar vient sans doute du ton employé par l'auteur pour son récit. Loin de l'agitation des thrillers étoilés, c'est l'humanisme du héros, l'inspecteur Rébus, qui nous accompagne tout au long de cette enquête.
Enfin quelqu'un qui aime l'alcool, qui n'est pas respecté de tous ses collègues et qui n'est pas entouré d'une équipe à sa dévotion. Bref, c'est la vraie vie telle qu'on l'imagine en traversant la nôtre qui se dessine dans ce roman policier atypique. Nous sommes aux antipodes de tous les navets américains d'aujourd'hui, de FBI portés disparus à Cold case en passant par les pitoyables experts. Si vous aimez les costards cravates et les banalités politiquement correctes, retournez devant votre écran de Télé-poubelle et n'ouvrez pas ce livre.
Si vous êtes plutôt Glennfiddich, alors . . .
« La colline des chagrins » donne envie d’en savoir plus sur Rankin et l’inspecteur Rebus. Une bonne introduction qui appelle d’autres lectures.
Il y aura d'autres articles dans ce blog . . .
N'hésitez pas à donner votre avis
03 novembre 2009
Nassim et Nassima

Par Ingrid Thobois.
Son premier roman jeunesse ; une réussite.
Style simple pour une belle histoire.
Nassim et Nassima habitent le même quartier, « à flanc de colline sur les hauteurs de Kaboul. » Ce sont deux enfants parmi d’autres, mais voisins et inséparables. A 7 ans, ils travaillent déjà comme des grands car leurs familles sont pauvres. Ensemble, ils vont tirer l’eau à la pompe du quartier.
–Oh ! hisse ! chante Nassima.
–Oh ! hisse ! chante à son tour Nassim.
–Oh ! hisse ! chante plus fort Nassima.
–Oh ! hisse ! chante encore plus fort Nassim.
Nassim et Nassima ne sont pas seulement voisins : ce sont les meilleurs amis du monde, deux inséparables. Quand on cherche l’un, il suffit de trouver l’autre. Quand on pose une question à l’un, c’est l’autre qui répond. Ce n’est sûrement pas un hasard si on leur a donné (presque) le même prénom. À deux, il est beaucoup plus facile de tirer de l’eau à la pompe.
Nassim et Nassima conjuguent leurs forces. Ils appuient de tout leur poids sur la barre de fer, puis ils la poussent vers le ciel d’un bleu sans nuage. Un bruit de casseroles résonne dans l’air vif. Hiiiiiiiiii, clang ! Hiiiiiiiiii, clang ! Ça grince, ça tape, ça grince, ça tape. Nassim et Nassima sont en sueur malgré le froid. C’est l’hiver. Mais rien ne les arrête. Quand Nassim fatigue, Nassima l’encourage, quand Nassima en a assez, Nassim a de l’énergie pour deux. Rapporter de l’eau à la maison, c’est leur mission. (...)
Et puis un matin Nassim n’est pas là, son père a décidé de l’envoyer à l’école. Provoquant de la surprise dans tout le quartier et de la colère chez Nassima qui se sent abandonnée. « Elle pense que sa vie est devenue plate comme un tapis. » Petit à petit la voilà qui devient taciturne et muette.
A lire absolument avant de quitter l’école . . .
02 novembre 2009
Edito saint
Remplacer Edvige le jour de la sainte Edwige. à la date anniversaire de la grande mobilisation contre ce fichier de police que le gouvernement avait dû remballer dans ses cartons, l'an dernier, voilà qui dénote un vrai sens de l'humour chez Brice Hortefeux, le ministre préféré des français qui vénèrent l’identité nationale. Cela mériterait d'être noté sur sa fiche de « renseignements ».
Car les fichiers nouveaux ressemblent funestement à l’Edvige ancien.
Les critiques étaient nombreuses l'an dernier contre le fichage des enfants de 13 ans. Contre celui des personnes exerçant un mandat politique, syndical ou économique, contre l'inscription des orientations sexuelles, des maladies et des origines ethniques.
Madame Alliot-Marie avait battu en retraite. Hortefeux revient comme un voleur par la fenêtre. Il est vrai que nos veilleurs médiatiques étaient occupés ailleurs.
On ne parle plus de fichiers mais de base de données, mot plus politiquement correct ! Les mineurs de 13 ans pourront toujours figurer dans le fichier sur les personnes dites susceptibles de troubler l'ordre public.
Les activités publiques des personnalités politiques, notion vague s'il en est, y seront aussi. Quant aux fameux critères ethniques et raciaux, ils disparaissent bien sûr, remplacés par une mystérieuse «origine géographique » : Neuilly ou Mali ?
On se fiche de qui ?
Certainement pas des médias officiels qui ont fait correctement leur travail en louant les changements apportés à la précédente mouture. L’esprit de Vichy règne sur ces serviteurs zélés du capital.
Un million de salariés sont ainsi concernés par ces enquêtes visant, notamment, à vérifier qu’ils ne font pas montre de “comportements contraires aux bonnes moeurs“, mais également que leur “motivation politique, religieuse, philosophique ou syndicale” ne s’avérerait pas incompatible avec l’exercice de leurs fonctions. . .
Le fichier qui servira à scruter le profil des personnes postulant pour un emploi dans un domaine «sensible », risque donc de devenir gargantuesque.
Il recensera au début arbitres et assesseurs de parties de pelote basque, propriétaires, entraîneurs de lévriers et de chevaux, jockeys, vigiles et contrôleurs de la RATP et de la SNCF, agents des concessionnaires d'autoroute, gardes champêtres, personnes sollicitant l'autorisation d'effectuer des prises de vue aérienne, demandant la nationalité française, le renouvellement de permis de séjour . . . .
Le fichier comportera les “informations ayant trait à l’état civil, à la nationalité et à la profession, adresses physiques, numéros de téléphone et adresses électroniques“…
Après Hadopi, le reste de la panoplie de surveillance se met en place.
Puis sans doute, dans un an ou deux, après la médiatisation d’une triste et banale affaire opportune : les familles accueillant des étrangers (risque potentiel . .. ), les personnes prises sur leur blog à critiquer la royauté et son prince (Jean . . .).
Enfin, les personnes empruntant à la bibliothèque des livres contraires aux fameuses bonnes moeurs ; c'est à dire tous les livres qui ne vantent ni la marseillaise ni la gloire des empires français . ..
Biographie du . . . . à talonnette obligatoire . . .
Il n'y a que le président de la République et sa cour qui risquent d'y échapper ...
Vive cette belle France de l’identité nationale !
01 novembre 2009
Le chagrin du roi mort
" C’est une petite île froide, quelque part dans le nord. Le vieux roi est mort. Son corps repose sur un lit de pierre, sur la Grand-Place. Il neige. Il sera question de séparation, de guerre, de trois ciels différents, d’un premier amour. Il y aura une prophétie, des êtres qui se perdent dans l’immensité, une sorcière qui mange des têtes de rat... "
Présentation d’un lecteur :
Dans un royaume nordique imaginaire, à une époque volontairement non située dans le temps, mais tout de même entre modernité et moyen âge, le bon roi Holund vient de mourir.
Jean-Claude Mourlevat nous entraîne dans son imaginaire, riche et varié, et nous découvrons un roman à mi-chemin entre le conte fantastique et la fiction historique. Bien écrit, avec de nombreux personnages bien construits, l’auteur nous offre un roman profondément humain ou les relations d’amour et d’amitié entre les hommes sont mises en valeur sans aucune mièvrerie.
"C'est donc ça la guerre ? Du sang et de la boue ?"
Voilà un bon roman d’aventure pour adolescents. On s’y laisse emporter avec plaisir et on ne lâche le livre qu’une fois terminé. Un bon moyen de donner envie de lire aux jeunes de 12 à 15 ans (et plus pour ceux que lire ne rebute pas . . .)
31 octobre 2009
Jardin fatal
de patrick Cauvin
Présentation de l'éditeur
Ce matin-là, lorsque Alan Falken, directeur de recherches dans une unité de biologie végétale, a découvert sous ses fenêtres un moineau mort, il n'a pas pensé un seul instant que cet incident était un signe. Pourtant, le monde des vivants venait de basculer.
Il y a eu le lendemain un deuxième cadavre de moineau, et le surlendemain...
Un suspense au parfum mortel où Patrick Cauvin, l'auteur du Sang des roses, explore, aux limites du fantastique, les secrets d'un monde vénéneux.
Présentation d'un lecteur
Je ne souhaite pas trop dévoiler l'intrigue de ce roman, car celle-ci est assez mince et suffisamment limpide.
Le style est assez enjoué, plein d'humour et d'accès facile.
On regrettera simplement, comme souvent chez cet auteur connu aussi sous le pseudo de Claude Klotz en littérature jeunesse, la difficulté de construction de la totalité du roman. Le final est assez invraisemblable et nous laisse un goût d'inachevé, de bonne idée pas bien exploitée.
Reste qu'on peut le lire assez vite et sans trop "se prendre la tête".
Ecoutons P.Cauvin répondre à : pourquoi ce thème du végétal modifié ?
C’est un vieux truc d’enfance. Une question que je me posais quand j’habitais encore à la Rue des Bons-Enfants à Marseille. Pourquoi tous les êtres vivants : hommes et animaux bougent, se déplacent par leurs propres moyens et pourquoi la plante, être vivant - qui naît, grandit et meurt au même endroit - est la seule a être retenue sur place par la terre ? Cette question a fait naître Jardin Fatal que je voulais intituler Bob, le surnom que donnent les chercheurs au rosier qui leur échappe pour exorciser leur angoisse.
28 octobre 2009
WoaOuh, WoaOuh !! !! !!!
C'est fait, le petit chaperon rouge s'est fait bouffer.
La preuve en photos.







Voilà les protagonistes, il reste les aventuriers . . .








Attention, où est la vieille bique?







